Le Monde doit aller “vers davantage de numérique”, tout en conservant son édition quotidienne comme “colonne vertébrale”, juge son nouveau directeur Jérôme Fenoglio, qui souhaite une offre week-end “plus étoffée”.

 

QUESTION : Quel va être votre premier chantier ?

REPONSE : “Je voudrais qu’on ait une offre week-end plus étoffée. On a un journal du dimanche-lundi à réformer, et on va envisager très rapidement un sixième jour à la +Matinale+ (édition du matin pour téléphones mobiles lancée en mai, NDLR), qui a été très bien reçue. Je veux transformer le journal vers davantage de numérique, parce que l’avenir se joue de ce côté-là et qu’il faut penser à atteindre de nouveaux publics.

Après, nous n’avons pas à trancher entre notre histoire, qui est très importante, et les transformations (numériques, NDLR). Nous devons nous transformer tout en étant dans le prolongement de notre tradition d’un journalisme de très grande qualité. Le quotidien restera encore pour longtemps notre colonne vertébrale”.

 

Q : En mai, certains journalistes avaient jugé votre projet trop numérique…

R : “Le premier vote a dit que cette transformation est un peu compliquée, que tout le monde pouvait ne pas la vivre de la même manière. Il faudra bien veiller à ce que ce soit un mouvement de toute la maison. Il faut prendre le temps d’expliquer, de parler avec tout le monde.

On a pu laisser croire qu’on allait se transformer en laissant derrière nous une partie de notre héritage, de notre identité. L’inquiétude a pu être de penser qu’on allait céder à la tentation de faire du low cost mais, ici, ce ne sera jamais le cas”.

 

Q : Quels enseignements avez-vous tiré de votre échec du mois dernier ?

R : “J’ai compris les erreurs que j’avais faites la première fois, qui était de vouloir aller trop vite. J’avais négligé le dialogue avec les équipes, négligé l’écoute. J’étais obsédé par le fait de sortir au plus vite de cette phase d’instabilité, qui nous entrave. Il y a cette instabilité depuis plusieurs années, avec cinq directeurs que se sont succédé, et le pouvoir du directeur a été affaibli. Cette fois-ci, j’ai fait en sorte de pouvoir passer dans chaque service, en recréant un échange. Il faudra veiller à entretenir cette qualité d’échange. C’est quelque chose que je n’avais pas bien mesuré la première fois. J’espère pouvoir commencer un mandat qui finira à son terme et qui permettra de stabiliser cette fonction”.