Le bitcoin et les monnaies virtuelles “doivent faire preuve de transparence et de traçabilité” et être soumise à “un cadre réglementaire”, préconise le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) dans un rapport publié mercredi.

“Une monnaie, à l’instar du bitcoin qui met l’anonymat total en tête de gondole” pose “un problème majeur”, a alerté Pierre-Antoine Gailly, rapporteur de l’étude consacrée aux enjeux des nouvelles monnaies lors de sa présentation à la presse.

“Aujourd’hui le bitcoin ne répond pas du tout aux besoins d’une monnaie transparente et confiante”, a-t-il ajouté.

Sur les 500 monnaies virtuelles existant dans le monde, le bitcoin, créé en 2009 par un ou plusieurs mystérieux informaticien(s) cachés derrière le pseudonyme Satoshi Nakamato, représente “90% de l’activité” monétaire virtuelle, estime le CESE.

Le bitcoin, qui n’est pas une vraie devise émise par une banque centrale, permet l’achat de biens ou des services auprès de toute personne ou société qui l’accepte comme mode de paiement. Le système qui rend “impossible” d’associer des personnes à des transactions, “permet tout type de parades”, y compris les opérations “douteuses, voire illégales et pour le blanchiment d’argent”, s’inquiète le CESE dans son rapport.

Le bitcoin s’est bâti une réputation sulfureuse en raison de son manque de fiabilité, après la faillite de la plateforme d’échanges de bitcoin MtGox en 2014, et son utilisation dans des affaires criminelles. Le site internet Silk Road, surnommé “l’eBay de la drogue”, depuis fermé par les autorités américaines, l’utilisait comme monnaie d’échange. L’an dernier, des enquêteurs d’Europol ont également identifié pour la première fois un site qui vendait de la pédopornographie exclusivement contre des bitcoins.

D’autre part, “les acteurs proposant ces nouvelles solutions ne sont pas régulés” selon les normes existantes, augmentant ainsi les risques pour les utilisateurs de bitcoin “de ne pas récupérer le montant” d’une transaction, souligne le CESE. Le CESE pointe par ailleurs la grande volatilité de cette monnaie dont la valorisation “a évoluée entre 1 dollar et 1163 dollars au plus haut” depuis sa création, indique le rapport.

D’où la nécessité de “mettre en place un cadre légal international de régulation” de ces monnaies virtuelles type bitcoin, selon le CESE, qui insiste sur l’entente entre Etats pour “harmoniser leurs pratiques” afin de lutter “contre le blanchiment et le financement du terrorisme” . “Pour autant, la technologie de cryptologie qu’il y a derrière le bitcoin n’est pas à jeter”, a estimé Pierre-Antoine Gailly. “Formidablement sécure”, elle pourrait notamment être utilisée dans le “transfert de documentations”, a-t-il suggéré.

En juillet dernier, Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, avait déjà invité les pouvoirs publics à encadrer l’utilisation des monnaies virtuelles, renforcer leur régulation et travailler au suivi des risques qu’elles génèrent.