Google News, de plus en plus attaqué en Europe, est au centre d’une nouvelle passe d’armes, en Espagne cette fois, où il a annoncé son départ après que la «taxe Google» approuvée par le Parlement espagnol et qui contraint les agrégateurs de contenus à rétribuer les sites d’information alimentant leurs services. Une décision jugée catastrophique par les sites numériques.

Google affronte les éditeurs de presse dans plusieurs pays européens. Ces derniers, ils l’accusent d’abuser de sa position dominante et lui demandent de payer pour l’utilisation de leurs contenus, mais Google ne cède pas.

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En guise de représailles, Google ferme son service d’actualité en Espagne

Après un bras de fer tendu avec le gouvernement espagnol, le géant américain a pris sa décision la plus radicale à ce jour annonçant qu’il fermera le 16 décembre Google News en Espagne, quinze jours avant l’entrée en vigueur dans ce pays d’une nouvelle loi sur la propriété intellectuelle.

“Cette nouvelle législation oblige chaque publication espagnole à faire payer des services comme Google News quand ils n’en montrent ne serait-ce qu’un très petit extrait”, écrivait Richard Gingras, le responsable de Google News, mercredi. “Comme Google News lui-même ne gagne pas d’argent (nous ne montrons pas de publicité sur le site), cette nouvelle approche n’est simplement pas soutenable”.

Le gouvernement a assuré jeudi à travers son ministère de la Culture que même en l’absence de Google News, “l’accès à l’information sur Internet restera garanti” en Espagne puisque les articles sont accessibles “directement sur les sites des journaux ou à travers leur indexation sur les moteurs de recherche et les autres agrégateurs de contenus d’information”. A condition, toutefois, que les agrégateurs payent. Surnommée en Espagne “taxe Google” ou “taxe AEDE”, du nom de l’association des journaux traditionnels papier qui avaient réclamé son adoption, la loi approuvée en octobre concerne en effet tous les portails de ce type, dont Yahoo News.

“Chute d’audience de 10 à 30% “

“C’est catastrophique, c’est un coup dur pour les sites numériques en Espagne”, se désole Fernando Cano, rédacteur en chef du journal en ligne PR Noticias, spécialisé dans les médias. “Ce sont les médias traditionnels qui le demandaient mais tout le monde va être touché, l’audience pourrait baisser d’entre 10 à 30%”, affirme-t-il, reprenant l’estimation généralement avancée par les experts.

“Toutes les visites de lecteurs espagnols et latino-américains qu’apportaient Google News vont disparaître”, soit “un gros pourcentage”, souligne aussi Enrique Dans, professeur spécialisé dans l’information en ligne à l’école espagnole IE Business School. Pour ce féroce critique de la nouvelle loi, les médias qui la réclamaient sont “des dinosaures”, qui “ne comprennent pas internet”.

Représentant une centaine de journaux, l’AEDE n’a pas souhaité réagir jeudi. Elle avait appelé le gouvernement à mettre fin à “la vulnérabilité” des éditeurs de presse, arguant qu’ils “investissaient d’importantes sommes dans la couverture et gestion de l’information” alors que ces “contenus à l’indéniable valeur économique (…) finissent sur internet entre les mains de n’importe qui”.

Une taxe obligatoire

Souvent accusé en Europe de profiter de sa position dominante, Google s’est vu engagé dans plusieurs batailles juridiques retentissantes ces dernières années. Jeudi, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a annoncé qu’elle allait rencontrer prochainement les plaignants, avant de décider des prochaines étapes d’une enquête visant Google pour entrave à la concurrence.

En France, en février 2013, Google et les éditeurs de presse ont signé un accord pour régler leur conflit sur le partage des droits publicitaire. Il prévoyait un fonds de 60 millions d’euros à la charge de l’Américain pour développer l’information en ligne en France. Le géant allemand de l’édition Axel Springer a lui capitulé début novembre devant la toute-puissance de Google, en lui demandant de faire figurer à nouveau gratuitement sur son moteur de recherche des extraits des articles de ses publications.

Axel Springer est l’un des membres les plus influents de VG Media, une coalition de quelque 200 médias allemands qui voulaient, sur la ligne de l’AEDE, être rémunérés pour l’utilisation faite par Google d’extraits de leurs contenus. Différence importante: en Espagne, la nouvelle loi comporte une clause qui empêchera toute décision unilatérale comme celle d’Axel Springer: les médias “ne pourront pas renoncer au droit” de “percevoir une compensation”, dont le montant doit encore être fixé.