L’avenir de l’automobile américaine se joue-t-il dans la Silicon Valley ? Après Tesla et Google, Apple semble nourrir à son tour des ambitions pour ce secteur en pleine renaissance après la crise. En dévoilant en 2006 la Roadster, une voiture sportive tout-électrique, Tesla est devenu le chouchou des stars, de Leonardo di Caprio à Brad Pitt en passant par George Clooney.

Depuis, l’ascension de ce “trouble-fête” a été fulgurante alors qu’il ne vend actuellement qu’un seul modèle, la berline Model S. Une autre berline, la “Model 3”, censée assurer la transition du groupe du charismatique Elon Musk vers une production de masse, est en cours de production.

Fort du succès de son GPS, le géant d’internet, Google, qui planche depuis plusieurs années sur la robotisation des voitures existantes, est parvenu à assembler un prototype “entièrement fonctionnel” de sa voiture autonome guidée par ordinateur. Le groupe, qui se pose en pionnier du transport individuel de demain, envisage de tester en ville cette année ce véhicule à la physionomie bulbeuse.

Tesla et Google ont aiguisé les appétits d’un autre mastodonte de la Silicon Valley aux poches pleines, Apple, alléché par des ventes de voitures ayant retrouvé le niveau de leurs meilleures années aux Etats-Unis. La marque à la pomme travaillerait sur sa propre voiture électrique qu’elle envisage de produire d’ici 2020, selon la presse américaine. Elle aurait déjà affecté des centaines de salariés à ce projet secret baptisé “Titan”.

Si Apple est resté silencieux pour l’instant sur ces informations, une plainte déposée par un équipementier automobile américain semble les accréditer. Le fabricant de batteries pour véhicules électriques 123 Systems accuse le géant informatique de débaucher illégalement ses salariés.

Gaspiller de l’argent

Dans les états majors du “Big Three”, c’est-à-dire General Motors, Ford et FCA US ex-Chrysler, l’arrivée du fabricant de l’iPhone est prise au sérieux.

“Au vu des capacités technologiques phénoménales d’Apple ce n’est pas une surprise de les voir débarquer dans l’automobile”, déclare Dan Flores, un porte-parole de GM. “Nous ne commentons pas quelque chose que nous n’avons pas vu”, répond un porte-parole de FCA US où l’on dit néanmoins surveiller de près ce qui se passe à Cupertino (Californie), le fief d’Apple.

“Apple n’est pas une menace immédiate pour les constructeurs traditionnels car il faut du temps pour produire une voiture”, soit cinq à sept ans, confie à l’AFP Bill Visnic, analyste au cabinet spécialisé Edmunds.com. Peu importe, les trois géants de Detroit (nord-est), berceau de l’industrie automobile américaine, s’accrochent à leur pré-carré: GM va produire un véhicule électrique grand public, Ford accélère dans la voiture sans chauffeur et FCA US a relancé avec succès la marque Jeep.

Selon Alec Gutierrez chez Kelley Blue Book, une “Apple Car” fait sens car la voiture serait une extension naturelle de la maison connectée et de l’écosystème mobile du groupe informatique. Si Apple dispose des liquidités nécessaires -une trésorerie de près de 180 milliards de dollars-, nombreux sont les sceptiques qui font valoir que le métier de fabricant de téléphones est très différent de celui de constructeur automobile.

Ils soulignent que les coûts de développement sont prohibitifs, notamment dans le tout-électrique, et les marges faibles. Apple réalise aujourd’hui près de 40% de marge, alors que la moyenne dans le secteur automobile tourne souvent autour des 5%. “Démarrer un groupe automobile c’est le meilleur moyen de jeter de l’argent par les fenêtres”, avertit Brett Smith, directeur au Center for Automotive Research. Il cite l’exemple de Tesla qui court toujours après ses premiers bénéfices depuis près de deux ans.

Le spécialiste des véhicules électriques estime qu’Apple comme Google peuvent sans doute apporter une valeur ajoutée pour ce qui est de la connectivité (systèmes électroniques et divertissements) et de la modernisation des outils de production mais ne disposent pas de meilleures technologies que Ford, GM, Toyota ou Mercedes.