Propulsé par la seule énergie solaire, l’avion révolutionnaire Solar Impulse 2 a pris son envol à 02H40 heure locale dimanche, depuis la ville orientale chinoise de Nankin, où il était cloué depuis le 21 avril, pour la plus périlleuse des étapes de son tour du monde, durant laquelle le pilote suisse André Borschberg devait tenir, seul aux commandes, six jours et six nuits de suite pour parcourir 8 500 kilomètres.

Solar Impulse est un projet d’avion solaire entrepris à l’initiative des Suisses Bertrand Piccard et André Borschberg, à l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Les deux pilotes en assurent le développement depuis 20031. Le projet vise à construire puis à faire voler de nuit comme de jour, sans carburant ni émission polluante pendant le vol, un avion monoplace à moteurs électriques alimentés uniquement par l’énergie solaire, jusqu’à effectuer un tour du monde.Le décollage de cet avion pour effectuer un tour du monde a eu lieu le 9 mars 2015 d’Abou Dabi. douze escales sont prévues, pour changer de pilote et présenter l’aventure au public ainsi qu’aux autorités politiques et scientifiques. Chaque tronçon du vol durera de 3 à 4 jours, ce qui est considéré comme le maximum supportable pour un pilote seul.Une fois l’efficacité de la batterie améliorée, permettant ainsi de réduire le poids, un biplace est envisagé pour faire le tour du monde sans escale.

Ce vol de 8.500 km jusqu’à Hawaï devrait durer environ 130 heures, selon les organisateurs.

“Nous disposons d’une bonne fenêtre météo” pour cette traversée, a assuré André Borschberg avant de monter dans le cockpit. Ce départ avait été reporté à plusieurs reprises en raison d’une météo défavorable, notamment mardi dernier pour cause de couverture nuageuse au-dessus de Nankin et de la mer du Japon.

Jamais Solar Impulse 2 n’a volé au-dessus d’un océan ni n’est resté en l’air plus de 24 heures : c’est dire si cette traversée du Pacifique constitue un défi technologique et un exploit aéronautique historiques. Âgé de 62 ans, André Borschberg va devoir tenir sur une distance de 8.500 kilomètres. Une performance qu’il ne pourra entrecouper que de brefs sommeils d’une vingtaine de minutes. Son siège, qu’il ne pourra quitter, est équipé d’un système de WC.

Chaque jour, le pilote affrontera des altitudes himalayennes autour de 28.000 pieds (8.400 mètres) et des variations de température de 55 degrés dans la cabine monoplace non pressurisée de Solar Impulse 2.

“Comment vais-je vivre dans cet environnement minuscule en grimpant l’Everest tous les jours, en passant de l’hiver à l’été chaque jour du fait des changements de température, en me reposant seulement 20 minutes à chaque fois ?” s’est-il demandé dans un récent entretien accordé à l’AFP.

 Pas de café prévu

Pour ce périple, pas de café prévu : “Cela aide quelques heures, mais ensuite c’est négatif”, a-t-il souligné. En cas de panne grave en vol, le Suisse devra sauter en parachute dans l’océan, à des centaines de kilomètres de tout secours. Aucun navire ne peut en effet suivre à la trace l’appareil, qui volera à une vitesse maximum de 90 km/h à basse altitude et de 140 km/h dans les couches supérieures.

Mais l’hypothèse de sa propre disparition laisse de marbre cet ingénieur de formation : “Je ne vois pas cela comme risqué, parce que nous avons travaillé longtemps sur les différents problèmes”, a-t-il confié. “Si nous perdons un moteur, on peut voler avec les trois autres, par exemple.”

“Dans le pire des cas, nous avons un parachute, un radeau de survie et on sait s’en servir. Évidemment, on espère qu’on n’aura pas à le faire”, a ajouté le pilote.

Solar Impulse 2, dont les ailes sont tapissées de plus de 17.000 cellules photovoltaïques, est parti le 9 mars d’Abou Dhabi (Emirats arabes unis) pour un tour du monde destiné à promouvoir l’usage des énergies renouvelables, et en particulier l’énergie solaire. Il a ensuite fait escale au sultanat d’Oman, en Inde, en Birmanie puis en Chine, piloté alternativement par André Borschberg et son binôme dans ce projet, l’explorateur suisse Bertrand Piccard.

“Cette première traversée océanique sera inédite dans l’histoire de l’aviation. Mais c’est un moyen (de promouvoir l’énergie solaire), pas un but en soi”, a tweeté M. Borschberg samedi à quelques heures du décollage. Au total, l’appareil doit parcourir autour du globe 35.000 kilomètres, à une vitesse moyenne relativement modeste (entre 50 et 100 km/h), en survolant deux océans.

Cette circonvolution était originellement prévue pour durer cinq mois, dont 25 jours de vol effectif, avant un retour à Abou Dhabi. Moquée au départ par l’industrie aéronautique, l’aventure est maintenant bien accueillie dans le monde.