Google, accusé par la Commission européenne d’abuser de sa position dominante dans la recherche sur internet, a contre-attaqué jeudi en jugeant “erronés” les griefs du gendarme européen de la Concurrence, dans un nouvel épisode du bras de fer qui les oppose depuis près de cinq ans.

Google juge “erronés” les griefs de la Commission européenne

La Commission avait adressé en avril une “communication des griefs” au géant californien du net. Un terme technique qui signifie simplement qu’une étape formelle est franchie dans une enquête de concurrence, permettant aux parties d’exercer leur droit à la défense.

Google, qui avait jusqu’au 31 août pour le faire, a annoncé avoir donné sa réponse par écrit jeudi à la Commission, qui a confirmé l’avoir reçue. “Nous pensons que les conclusions préliminaires de la communication des griefs sont erronées, tant en ce qui concerne les faits qu’en termes économiques ou juridiques”, écrit Google, résumant son argumentaire dans un article posté jeudi sur son blog.

En avril, la Commission avait estimé que le groupe de Mountain View favorisait “systématiquement son propre produit de comparaison de prix dans ses pages”, par rapport aux services de comparaison de prix concurrents comme Kelkoo. En conséquence, les utilisateurs “ne voient pas nécessairement les résultats les plus pertinents en réponse à leurs requêtes”, expliquait-elle.

“Si l’enquête devait confirmer nos craintes, Google devrait en assumer les conséquences juridiques et modifier la façon dont il conduit ses activités en Europe”, avait averti la commissaire chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager.

Une mauvaise évaluation du marché sur lequel évolue Google

“La réponse que nous avons envoyée aujourd’hui montre que nous estimons ces allégations incorrectes”, écrit l’avocat du groupe, Kent Walker.

Parmi les arguments avancés par Google figure le fait que la communication des griefs fait une mauvaise évaluation du marché sur lequel évolue Google, car elle “ne prend pas en considération l’impact de services de shopping (en ligne) majeurs, tels Amazon ou eBay”, qui exercent une importante pression concurrentielle.

Par ailleurs, au cours de la décennie écoulée, “Google a offert 20 milliards de clics gratuits aux agrégateurs de contenu” en Europe, “avec une augmentation de 227% pour le trafic gratuit et plus importante encore pour le trafic global”, insiste le géant américain, laissant entendre que ses concurrents, dont une partie des plaignants, ont pu tirer profit de sa présence plutôt qu’en pâtir.

Google estime d’autre part que la demande de la Commission, qui lui suggère de traiter son propre service de comparaison de prix de la même manière que ceux de ses concurrents, aurait pour résultat de “nuire à la qualité et à la pertinence” de ses résultats de recherche.

Google “dans le déni”

Cette prise de position a immédiatement suscité une réaction indignée des concurrents et plaignants, –dont un autre géant, Micosoft–, regroupés dans l’organisation FairSearch.

“Nous avons déjà vu ce film” où les groupes incriminés, “tout comme Googleaujourd’hui, affirment que les autorités de la concurrence n’y comprennent rien et que le remède qu’elles demandent ne peut pas être appliqué sous peine de chaos technologique et en terme de marché”.

Google a décimé la concurrence” en matière de comparateurs de prix sur internet et “les consommateurs ont été lésés”, insiste Thomas Vinje, le porte-parole de FairSearch, pour qui “la Commission comprend très bien les marchés et la technologie, et Google est tout à fait en mesure” d’appliquer ce qu’elle lui demande.

Google est dans le déni”, a réagi de son côté une autre organisation de plaignants, Icomp.

De son côté, la Commission s’est contentée de répondre qu’elle allait “entamer l’évaluation minutieuse de la réponse de Google“. Ricardo Cardoso, le porte-parole de Mme Vestager, a par ailleurs indiqué qu’on ne pouvait “pas anticiper les prochaines étapes de l’enquête” et souligné que la Commission “ne voulait pas préjuger de l’issue” du dossier.

Une solution à l’amiable reste possible à ce stade mais le groupe peut aussi écoper d’une amende de quelque six milliards d’euros, équivalent à 10% de son chiffre d’affaires.

L’enquête avait été ouverte fin 2010. Pendant des années, sous la houlette de l’ancien commissaire chargé de la Concurrence, Joaquin Almunia, la Commission a cherché la conciliation en demandant à Google de proposer des “remèdes”. Mais les solutions avancées par Google ont été retoquées par la Commission à trois reprises.

Google avait été blanchi il y a deux ans dans un dossier similaire par les autorités américaines de la concurrence, qui s’étaient contentées d’engagements de bonne conduite.