Pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, l’Europe a posé en douceur mercredi un petit robot, Philae, à la surface d’une comète, couronnement d’une aventure spatiale entamée il y a vingt ans.Un bémol toutefois: le module pourrait ne pas être bien arrimé sur le sol de la comète “Tchouri”, selon l’Agence spatiale européenne (ESA).

L’atterrisseur Philae posé sur la comète mais pas harponné

“Nous avons des indications que les harpons pourraient ne pas s’être activés, ce qui voudrait dire que nous sommes posés sur un matériau meuble et que nous ne sommes pas arrimés”, a déclaré Stephan Ulamec, responsable de l’atterrisseur Philae.

Mais cela n’a pas gâché la fête au Centre européen d’opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne), où l’on sablait joyeusement le champagne après cette première historique.

“Nous sommes très heureux”, a commenté Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta, sous des applaudissements nourris, lorsque le signal confirmant l’atterrissage est arrivé sur Terre à 16H03 TU (17H03 heure de Paris).

Depuis Paris, le président François Hollande a salué “l’exploit” de l’atterrissage de Philae, se réjouissant d'”une victoire de l’Europe”.

Il a fallu sept heures à Philae, largué par la sonde européenne Rosetta, pour descendre en chute libre jusqu’à sa cible. Son atterrissage, qui s’est déroulé à plus de 500 millions de km de la Terre, s’est fait “en douceur”, selon l’ESA.

Le petit robot aventurier, qui avait voyagé pendant dix ans avec Rosetta, était parfaitement à l’heure à son rendez-vous avec le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko.

“C’est un grand pas pour la civilisation humaine”, a estimé Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’ESA. “Nous sommes les premiers à l’avoir fait et c’est cela qui restera pour toujours”.

“Comme c’est audacieux, comme c’est excitant, comme c’est incroyable d’avoir osé atterrir sur une comète, de franchir ce pas que nous attendions tous pour la Science”, s’est exclamé Jim Green, un responsable de la NASA.

La mission du robot laboratoire est de faire des prélèvements qui donneront des informations sur les origines du système solaire, voire sur l’apparition de l’eau et de la vie sur Terre.

L’ESA n’était pas en mesure mercredi soir de dire si le problème d’arrimage du robot était susceptible de gêner son travail.

“Nous ne savons pas exactement où et comment nous avons atterri. Dans quelques heures, nous en saurons plus”, a promis M. Ulamec.

Embêtant pour les forages

Philae, 100 kg sur Terre, ne pèse qu’un gramme dans l’espace. Il a été conçu pour à la fois être plaqué au sol par l’émission d’un gaz et s’ancrer en profondeur sur la comète grâce à deux harpons. Ayant déjà eu un problème dans la nuit sur le système d’émission de gaz, il comptait sur ses harpons pour le maintenir au sol.

Si Philae n’était pas bien arrimé au sol, “ce serait embêtant pour certains instruments parce qu’on a besoin qu’il soit bien harponné pour utiliser la foreuse qui doit permettre de récupérer les échantillons dans le sol”, a déclaré à l’AFP le chef de projet Rosetta au Centre national d’études spatial (CNES) à Toulouse, Philippe Gaudon.

Pendant sa longue descente, le robot a pu prendre des images de sa fidèle complice, Rosetta. Plusieurs de ses instruments ont aussi été mis en action sur son trajet vers la comète.

Philae doit fonctionner grâce à sa pile pendant 60 heures, et c’est là qu’il doit accomplir le maximum pour la science, et notamment faire les fameux forages.

Car sa mission est de trouver sur le noyau de la comète le graal des astrophysiciens: des molécules organiques qui ont pu jouer un rôle dans l’apparition de la vie sur Terre, les comètes étant les objets les plus primitifs du système solaire.

Après, la ressource en énergie de Philae sera plus aléatoire: il devra compter sur un système secondaire de batterie, rechargeable par de petits panneaux solaires.

Si tout va bien, il doit fonctionner jusqu’en mars. Au-delà, il est condamné à mourir de chaud car il n’est pas conçu pour supporter la montée en température lorsque la comète se rapprochera du Soleil.

Mais Rosetta, qui a déjà parcouru 6,5 mds de km et a été la première sonde à se mettre en orbite autour d’une comète, poursuivra sa mission d’escorte au moins jusqu’au 13 août prochain, date à laquelle Tchouri passera au plus près de l’astre. Sa mission est prévue jusque fin décembre 2015.

D’un coût total de 1,3 milliard d’euros, le prix de trois Airbus 380, la mission Rosetta a mobilisé environ 2.000 personnes depuis 20 ans. Plus de 50 entreprises de 14 pays européens et des Etats-Unis ont participé à la réalisation de la sonde.