Les ministres européens de l’Espace sont parvenus à un accord “historique”, mardi 2 décembre à Luxembourg, pour développer cette nouvelle fusée qui doit succéder à l’horizon 2020 à l’actuelle Ariane 5 et tenter de résister à une concurrence féroce dans le lancement de satellites notamment la concurrence américaine.

Le projet Ariane 6 présenté mardi à la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne doit permettre à l’Europe de préserver son accès à l’espace avec un lanceur compétitif à l’horizon 2020 dans un marché de plus en plus concurrentiel. Il conduira à de profonds changements au sein de la filière spatiale européenne, avec une redéfinition des rôles entre Etats, agences et industrie.

Le premier vol d’Ariane 6 est programmé dès 2020.

Cette décision “historique” est “une réponse forte à la concurrence internationale, dans un secteur stratégique pour la souveraineté européenne, pour son industrie, pour l’emploi”, a souligné la secrétaire d’Etat française à la Recherche, Geneviève Fioraso. Les ministres de l’Espace se sont engagés sur une enveloppe de 4 milliards d’euros pour le développement d’Ariane 6, selon Mme Fioraso. Cette somme inclut la construction d’un nouveau pas de tir en Guyane et la mise à niveau du petit lanceur de la gamme européenne, Vega.

La France assurera la plus grosse part de l’effort financier (52%), suivie par l’Allemagne (22%).

Le budget total sur 10 ans du programme de lanceurs européens est estimé à 8 milliards d’euros, une somme qui inclut les inévitables évolutions de l’actuelle Ariane 5 jusqu’à ce que Ariane 6 puisse assurer la relève. La ministre allemande Brigitte Zypries s’est dite “satisfaite”. “L’accord est bon pour l’industrie et l’emploi en Allemagne”, a-t-elle jugé.

“C’est une très bonne réunion ministérielle”, a renchéri Roberto Battiston, patron de l’agence spatiale italienne. L’Italie est le troisième contributeur de l’ESA, derrière l’Allemagne et la France. “Airbus Defence and Space et ses partenaires de l’industrie spatiale européenne vont maintenant démontrer qu’ils savent relever les défis”, s’est félicité François Auque, patron de la branche espace d’Airbus, dont la coentreprise avec Safran sera l’autorité technique d’Ariane 6.

Il a fallu des mois de négociations, tout particulièrement entre la France et l’Allemagne, pour parvenir à cet accord, fruit d’une “mobilisation sans précédent de tous les acteurs” européens, publics comme industriels, y compris de la société Arianespace “et ses clients”, a noté Mme Fioraso.

Il faut comprimer les coûts

Née il y a 35 ans, Ariane a été déclinée en plusieurs versions. L’actuelle Ariane 5, mise sur les rails en 1987, vole depuis 1996. Après des débuts difficiles, elle a très bien rempli sa mission et affiche actuellement 62 succès d’affilée. Elle a conquis plus de 50% du marché commercial des lancements de satellites. Mais sa place de leader est menacée par le Falcon de l’américain SpaceX, qui mène une politique de prix très agressive, mais aussi par l’émergence attendue de concurrents asiatiques.

Modulable en deux versions -une légère avec deux propulseurs d’appoint et une lourde avec quatre- Ariane 6 sera adaptée à la fois aux besoins institutionnels (satellites scientifiques, sondes spatiales…) et aux vols commerciaux (satellites télécoms, télévision…). La nouvelle configuration d’Ariane 6 vise aussi à anticiper l’évolution du marché, avec une importance croissante des satellites à propulsion électrique, plus légers, mais susceptibles d’être plus volumineux.

La future Ariane 6 aura l’avantage d’utiliser des éléments déjà expérimentés sur Ariane 5 ou étudiés pour le projet Ariane 5 ME, une version intermédiaire désormais abandonnée. Une continuité technologique qui minimise la prise de risque et réduit les dépenses. Pour mieux comprimer les coûts, Ariane 6 se servira en outre comme propulseurs d’appoint du moteur à poudre développé pour la version évoluée de Vega (Vega-C), créant une synergie industrielle entre les deux lanceurs de la gamme.

Selon le PDG d’Arianespace, Stéphane Israël, le prix pour un lancement d’Ariane 6, avec deux satellites à la fois, devrait tourner “autour de 120 millions de dollars” (environ 90 millions d’euros), aux conditions actuelles du marché.

Les ministres de l’Espace se sont également prononcés mardi sur la poursuite de la participation européenne à l’exploitation de la station spatiale internationale (ISS) jusqu’en 2020, s’engageant sur une enveloppe de l’ordre de 800 millions d’euros. Ils doivent se retrouver en 2016 pour faire un point technique et financier sur le dossier Ariane 6

Europe spatiale : un effort financier “exceptionnel”

Malgré un contexte budgétaire difficile, l’Europe a fait mardi à Luxembourg un effort financier “exceptionnel” pour se donner les moyens de ses ambitions spatiales, s’engageant pour “presque 6 milliards d’euros” (5,9 milliards) de contributions, selon l’Agence spatiale européenne (ESA).

“C’est un effort exceptionnel, parce qu’on connaît la situation économique” actuelle, a souligné Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’ESA. “Nous avons 800 millions d’euros de contributions qui n’étaient pas programmés lors de cette réunion”, a-t-il noté. L’ESA avait demandé au départ 5,1 milliards pour les lanceurs et la Station spatiale internationale (ISS).

– ARIANE 6: la nouvelle fusée se taille la part du lion. Les Européens se sont engagés mardi sur une enveloppe de 4 mds d’euros, incluant la construction d’un nouveau pas de tir dédié au Centre spatial guyanais à Kourou, l’évolution du petit lanceur Vega (Vega-C) et le développement d’un moteur commun à Vega-C et Ariane 6.

A ces 4 milliards, il faut ajouter encore environ 300 millions de contribution pour l’exploitation des lanceurs. Sur dix ans, le budget global pour les lanceurs européens a été estimé à 8 milliards d’euros.

– L’ISS, la Station spatiale internationale. La participation de l’ESA aux activités de l’ISS pour les trois années à venir a reçu une contribution de “800 millions d’euros, plus ou moins ce qui avait été demandé”, selon M. Dordain. L’enveloppe inclut le financement du module de service européen de la capsule américaine Orion, qui lui fournira notamment la propulsion et l’alimentation électrique. L’ESA est engagée dans l’ISS jusqu’en 2020.

– Le programme EXOMARS, projet conjoint entre l’ESA et l’Agence spatiale russe Roskosmos, s’est vu attribuer une souscription additionnelle d’environ 160 millions d’euros. Ce programme “ambitieux”, dans lequel l’Italie est en pointe, prévoit deux missions martiennes en 2016 et 2018.

– Le reste des contributions obtenues mardi se répartit entre différents programmes, notamment de télécoms avec un nouveau satellite, AnySat.